Le cycle des Grandes Conférences des Archives Henri Poincaré est conçu comme un espace de rencontre entre chercheurs et grand public. Il couvre de nombreux champs disciplinaires : philosophie, épistémologie, éthique, histoire des sciences et des techniques, histoire des institutions, sociologie des sciences et des organisations, etc.
Nous vous invitons dans ce cadre à écouter l'exposé suivant :
Fabrice Flipo
Institut Mines-Télécom & Laboratoire de Changement Social de l'Université de Paris Cité
L'impasse épistémique et politique du « tournant ontologique »
21 octobre 2026, mercredi
18h00-19h30
CLSH, 23 Boulevard Albert 1er, 54000 Nancy
Bât. A, salle A104 (premier étage)
La réunion sera aussi accessible en ligne – pour recevoir les informations de connexion, inscrivez-vous (une seule inscription vaut pour toutes les Grandes conférences de l'année) https://forms.gle/PaGq5xkjayS3PCLz7 – les conférences sont disponibles (en partie) en ligne.
La conférence est préparée avec le soutien du Programme Interdisciplinaire TRANSITION de l'Université de Lorraine.
Résumé
A partir des années 2000 s’amorce en anthropologie un « tournant ontologique », d’après Eduardo Viveiros de Castro. Sa différence viendrait non seulement de ce qu’il accorde tout son poids constitutif au « point de vue du natif », mais aussi et surtout de l’alternative écologique au capitalisme dont il serait porteur, de par l’écoute inédite apportée aux sociétés amazoniennes. La thèse a beaucoup alimenté une écologie dite « décoloniale », en France, et un regain d’intérêt pour « l’animisme ». Cette conférence retracera l’origine de ce courant de pensée, issu de Viveiros de Castro mais aussi de Philippe Descola et de Bruno Latour.
Il en montre les faiblesses, au travers des critiques qu’il a essuyées, en particulier en anthropologie. L’anthropologue anarchiste David Graeber en a montré le relativisme épistémologique et le conservatisme politique. Ce courant mal assuré, qui rejoue sans le savoir l’écologisme antimoderne des années 1970, a marginalisé un autre courant classique de l’écologisme : la « critique du développement », dont Serge Latouche peut être le symbole, avec Marshall Sahlins ou Robert Jaulin, et plus secondairement Serge Moscovici.
Plus politique, moins relativiste, bref moins « postmoderne » dirait Andreas Malm, il esquisse une toute autre perspective dont l’ouvrage tente de tirer les implications jusqu’au bout. Un pluriversalisme universaliste s’esquisse, sur la base notamment du philosophe catalan Raimon Panikkar, que Serge Latouche a fait connaître en France au moment où le « tournant ontologique » prenait son envol.
Fabrice Flipo est professeur de philosophie, travaillant dans le domaine des sustainability studies. Il est chercheur au Laboratoire de Changement Social de l'Université de Paris Cité. Il a notamment publié Justice, nature et liberté (Parangon, 2007), Nature et politique (Amsterdam, 2014), Ecologie autoritaire (ISTE/Wiley, 2018), Le développement durable et ses critiques (Bréal, 2022). Il s'intéresse également aux infrastructures écologiques du numérique, avec Peut-on croire aux TIC vertes ? (Presses des Mines, 2009), L'impératif de la sobriété numérique (Matériologiques, 2020).
Programme des Grandes Conférences 2026-2027 sera bientôt publié !






