L’entretien en santé : Quand les normes éthiques rencontrent les pratiques de terrain en santé
Localisation : 91 av. de la Libération, salle 324
Date de début : 19/06/2026 12:30
Date de fin : 19/06/2026 14:00
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Vendredi 19 juin, le Club Orion San/SociéTé organise la troisième séance de son atelier d’échange de pratiques consacré à l’entretien en santé. Cette édition portera sur les usages des normes éthiques sur le terrain, et les possibles conflits qu’elles peuvent susciter pour les chercheur·euses et les professionnel·les de santé. Rendez-vous de 12h30 à 14h en salle 324 des Archives Poincaré (91 av. de la Libération), ou en visio. L’atelier est animé par Ingrid Voléry, sociologue à l’UL et au TETRAS.
Deux chercheuses apporteront leur éclairage lors de cette séance. Emmanuelle Simon, enseignante-chercheuse en SIC à l’UL et au CREM, rappelle d’abord que l’entretien n’est pas un outil propre à une discipline. Il s’inscrit dans un mode de raisonnement qualitatif partagé par de nombreuses sciences humaines et sociales. Sa propre posture se situe à la croisée de l’anthropologie et des SIC, qu’elle qualifie d’« indisciplinaire », en référence aux travaux du philosophe des sciences Léo Coutellec.
Sur les tensions entre éthique et terrain, Emmanuelle Simon pointe une origine structurelle. Les normes éthiques visent l’universel, alors que la pratique scientifique reste toujours située. Ce décalage global/local nourrit la plupart des dilemmes éthiques rencontrés sur le terrain. Elle ajoute que l’éthique réglementaire actuelle vient surtout du monde biomédical et des essais cliniques. Or les risques pris par un participant à un essai clinique ne sont pas ceux d’une personne enquêtée en sciences sociales, dans une relation construite et négociée au fil de la recherche.
Pour Emmanuelle Simon, cette « éthique de papier » a le mérite de poser un cadre, mais elle laisse aussi des angles morts. Les conditions concrètes du terrain, comme les relations nouées avec les enquêté·es ou la précarité des jeunes chercheur·ses, restent peu visibles dans les textes réglementaires. C’est pour faire évoluer ce cadre depuis l’intérieur qu’elle a été membre de l’IRB de l’Institut Pasteur, et qu’elle siège aujourd’hui dans une commission d’éthique de la recherche (CER).
Solène Gouilhers, sociologue à l’Université de Genève et à l’Institut des études de genre, illustrera ces tensions à partir d’un cas concret. Dans un article récent co-écrit avec Patricia Perrenoud et Clara Blanc, elle revient sur une négociation manquée pour accéder à un terrain hospitalier, bloquée par l’exigence d’un médecin chef de service de cosigner toutes les publications à venir. L’article montre comment les politiques scientifiques actuelles pèsent sur les conditions mêmes de l’enquête de terrain. Solène Gouilhers a par ailleurs codirigé un numéro spécial de la revue SociologieS consacré à ces négociations d’accès aux institutions de soins, qui réunit plusieurs expériences de terrain, réussies ou non, en France et en Suisse.
Cet atelier s’adresse à toutes celles et ceux qui pratiquent ou s’intéressent à l’entretien en contexte de santé, qu’ils soient chercheur·euses, étudiant·es ou professionnel·les. L’occasion d’interroger ensemble la manière dont les cadres éthiques et les réalités du terrain peuvent, parfois, se heurter.






